Budget marketing B2B : LinkedIn part en campagne contre les dépenses de vanité
LinkedIn décline « Cut the Bullspend » en Allemagne et en Inde. Ce que la campagne dit du budget marketing B2B, et comment arbitrer le vôtre.
Le 22 juillet 2026, LinkedIn a raconté sur son blog marketing comment sa campagne « Cut the Bullspend », qui dénonce les dépenses publicitaires jugées sur des chiffres flatteurs plutôt que sur des ventes, a été adaptée en Allemagne sous le nom « Unsinnvest » et en Inde sous celui de « Dullspend » (LinkedIn, juillet 2026 (nouvel onglet)). Le message vient d'un vendeur de publicité, mais sa question concerne toutes les entreprises B2B qui préparent leur budget : quels postes du budget produisent des résultats, et lesquels ne produisent que de beaux tableaux de bord ?
« Bullspend » : ce que LinkedIn met derrière le mot
LinkedIn a lancé le terme en mars 2026. Sa définition : toute dépense marketing optimisée pour des chiffres qui impressionnent sur un tableau de bord, mais qui ne se traduisent ni en opportunités commerciales, ni en contrats, ni en croissance (LinkedIn, mars 2026 (nouvel onglet)). L'article cite nommément les impressions, les vues et les clics, des indicateurs faciles à suivre qui masquent souvent le fait que rien d'important ne se passe ensuite. Il résume le problème en deux formules : de la portée sans pertinence, de l'engagement sans effet.
Unsinnvest en Allemagne, Dullspend en Inde
En Allemagne, le jeu de mots anglais ne fonctionnait pas. « Un public allemand comprendrait peut-être la formule anglaise, mais le jeu de mots n'aurait pas eu l'impact nécessaire », explique Reinhard Hupfer, responsable marketing de LinkedIn pour l'Allemagne. L'équipe a donc fabriqué un mot, « Unsinnvest », à partir de Unsinn (absurdité) et de invest : investir dans l'absurde. La campagne a été présentée à l'OMR, un festival du marketing et de la tech qui a réuni 70 000 participants cette année selon LinkedIn, et reprise par le magazine professionnel Horizont.
En Inde, où le taureau et la vache ont une forte portée religieuse, LinkedIn a préféré « Dullspend », à partir de dull, l'adjectif qu'on emploie au quotidien pour un film raté ou une chanson qui fait un flop. La campagne a été lancée au Goafest, grand rendez-vous indien de la publicité.
Ce qu'il faut retenir des chiffres de la campagne, et ce qu'il faut laisser
Le billet contient deux chiffres sur l'efficacité marketing, à traiter de façon très différente. Pour une direction marketing qui veut les utiliser dans sa communication interne, la prudence s'impose.
- 88 % des marketeurs B2B en Inde estiment que prouver le retour sur investissement compte davantage qu'il y a deux ans, selon LinkedIn. Le billet ne précise ni l'étude ni l'échantillon. C'est un indice de la pression qui pèse sur les directions marketing, pas une mesure applicable à la France.
- 121 % de retour sur dépenses publicitaires : LinkedIn affirme que sa propre régie publicitaire atteint ce niveau, « le plus élevé de tous les grands réseaux publicitaires », en citant le rapport de benchmarks 2026 de Dreamdata. C'est l'affirmation d'un vendeur sur son propre produit. La page de présentation de l'étude n'affiche pas ce chiffre, réservé au document à télécharger.
La conclusion du billet (concentrer les dépenses sur des canaux qui ciblent précisément et mesurent clairement) est une recommandation commerciale. Une campagne contre les dépenses de vanité ne doit pas devenir une nouvelle dépense de vanité : la bonne solution n'est pas de déplacer le budget vers une autre plateforme, mais de changer la façon de juger chaque poste, quels que soient les canaux et campagnes concernés.
Budget marketing B2B : indicateurs de vanité et indicateurs utiles
Un indicateur de vanité n'est pas un faux chiffre. Les impressions, les vues ou les abonnés d'une publication sur les réseaux sociaux existent bel et bien. Le problème apparaît quand on les présente comme un résultat alors qu'ils ne disent rien du choix d'un fournisseur. Pour chaque poste de votre stratégie marketing, trois questions aident à trier les différents types d'indicateurs.
- Ce chiffre change-t-il un arbitrage ? Si une hausse des vues ne fait bouger ni la répartition des dépenses, ni le discours commercial, c'est un indicateur de confort.
- Peut-on le relier à une étape du parcours d'achat ? Un rendez-vous commercial, une demande de devis sur le site web ou une visite de la page tarifs racontent davantage qu'un volume d'affichages.
- Le suit-on dans le temps ? Avec un cycle de vente long, un chiffre relevé une seule fois ne prouve rien.
Du côté des indicateurs utiles, on retrouve les leads qualifiés (et pas seulement le nombre de leads), le taux de conversion entre chaque étape, le coût par lead, le coût d'acquisition d'un client, la durée du cycle de vente et la part des clients signés qui ont d'abord été en contact avec un contenu. Ce sont eux qui donnent un ROI défendable. Les chiffres d'attention restent un signal avancé, pas un bilan. Notre article pour mesurer le ROI d'un podcast d'entreprise détaille cette hiérarchie.
Comment calculer et définir un budget marketing sans se fier à la moyenne
Beaucoup d'entreprises B2B cherchent d'abord un budget marketing moyen de leur secteur d'activité pour s'y comparer. C'est un réflexe compréhensible, mais un budget marketing moyen mélange des entreprises qui n'ont ni la même taille, ni la même part de marché, ni les mêmes produits et services. Un budget marketing moyen donne un ordre d'idée, jamais une cible. Pour définir un budget marketing qui tienne devant la direction financière, il vaut mieux croiser deux méthodes.
En pourcentage du chiffre d'affaires : un repère, pas une règle
La méthode la plus répandue consiste à consacrer au marketing une part fixe du chiffre d'affaires annuel. Elle est simple, mais elle regarde le passé. Une entreprise qui veut gagner des parts de marché face à la concurrence, présenter une nouvelle offre ou entrer dans un nouveau secteur aura besoin d'investir davantage que ce que son chiffre d'affaires annuel actuel suggère. À l'inverse, une petite entreprise déjà bien connue dans une niche peut dépenser moins et mieux.
Partir des objectifs commerciaux
La seconde approche part de la question inverse : combien de nouveaux clients faut-il signer pour atteindre vos objectifs de croissance, et combien coûte aujourd'hui chacun d'eux ? Les étapes sont simples, et l'exemple vaut pour un éditeur de logiciels comme pour un cabinet de conseil.
- Relever les dépenses marketing actuelles, canal par canal (publicité digitale, salons, outils marketing et logiciels, création de contenu, agence ou prestataires de services), avec les informations de coût de chaque poste.
- Calculer le coût par lead (dépense du canal divisée par le nombre de leads obtenus) et le coût d'acquisition (dépense divisée par le nombre de clients signés).
- Appliquer le taux de conversion observé entre lead qualifié et client pour estimer le nombre de leads nécessaire.
- En déduire le budget dont l'équipe a besoin pour atteindre l'objectif, puis le confronter au repère fondé sur le chiffre d'affaires.
L'écart entre les deux chiffres est la partie la plus utile de l'exercice : il oblige marketing et finance à parler de stratégie de croissance, et non du seul total de la ligne budgétaire. Si les dépenses marketing actuelles sont très en dessous du besoin, c'est un projet de croissance qu'il faut discuter, pas une rallonge. Notre guide du budget annuel d'un podcast d'entreprise reprend ce raisonnement poste par poste.
Payer des livrables et des contenus qui durent
Beaucoup de dépenses de vanité s'arrêtent avec la campagne : le budget épuisé, il ne reste qu'un bilan. Or l'essentiel du marché B2B n'est pas en train d'acheter. Selon la règle des 95-5 du LinkedIn B2B Institute, environ 95 % des acheteurs potentiels ne sont pas prêts à acheter aujourd'hui et le seront plus tard (LinkedIn B2B Institute (nouvel onglet)). Pour les toucher, il faut des contenus qui restent visibles, qu'on peut republier et que les commerciaux peuvent envoyer au bon moment.
Un poste qui se lit en livrables (un épisode, un nombre minimum de vidéos, des articles de blog, des pages du site internet) se contrôle mieux qu'un poste qui se lit en impressions promises. Conseil simple pour choisir un prestataire : demander ce qui sera livré, et ce qui restera utilisable après le projet. La vidéo s'y prête bien : dans le rapport 2026 de HubSpot, fondé sur plus de 1 500 marketeurs interrogés, la vidéo courte arrive en tête des formats au meilleur retour sur investissement, citée par 48,6 % d'entre eux, en B2B comme en B2C (HubSpot, avril 2026 (nouvel onglet)). C'est du déclaratif, publié par un éditeur de logiciels marketing, mais la tendance est nette pour qui cherche un meilleur retour sur investissement.
Le podcast vidéo d'entreprise en est un bon exemple : une conversation avec un dirigeant ou un expert donne un épisode complet et des dizaines de formats courts pour les réseaux sociaux, qui portent la proposition de valeur et l'expertise de l'entreprise, et qu'on réutilise sur le site web ou en rendez-vous. Chez Firm-A, les formules se lisent de la même manière : une session Découverte à 1 200 € HT donne 1 épisode et au moins 20 capsules verticales, une session Visibilité à 1 800 € HT 1 épisode et au moins 40 capsules, toutes deux tournées au studio de Montreuil. L'épisode long est publié sur YouTube dès sa validation, les capsules une par jour sur les 8 réseaux de Firm-A, avec la mention de vos comptes et une publication en collaboration sur Instagram et YouTube, ce qui les place devant une audience qui n'est pas encore la vôtre. Vous recevez une alerte à chaque capsule publiée et vos métriques en fin de mois. La formule Corporate (à partir de 2 500 € HT, sur devis) se tourne sur site et se livre à votre charte, en marque blanche si besoin. Détails sur la page des tarifs ; notre article sur le tarif d'un studio de podcast aide à comparer avec le marché.
Prévoir le suivi dès la mise en place, même dans une petite entreprise
Le reproche fait aux dépenses de vanité tient souvent moins au canal qu'à l'absence de suivi prévu à l'avance. Avant d'engager une dépense, un plan d'action simple évite la plupart des déceptions, et sa mise en place ne demande pas d'outil coûteux.
- Fixer l'indicateur de pilotage avant de démarrer. Génération de leads : le nombre de leads qualifiés et leur coût. Contenu de marque : la part des prospects qui le citent au premier rendez-vous.
- Prévoir un rythme de suivi. Un point mensuel suffit pour la plupart des PME B2B ; il faut surtout que les informations arrivent sans relance, grâce à un rapport envoyé à date fixe.
- Relier le marketing et les ventes. Une question posée systématiquement aux nouveaux clients (« comment nous avez-vous connus ? ») complète utilement les outils de mesure et les études de marché, qui situent la marque face à la concurrence.
- Garder une phase de test. Tester un canal sur une période courte, avec un budget plafonné, avant d'investir davantage. Les décisions sur la phase suivante se prennent sur des chiffres.
Pour une petite entreprise ou une PME B2B, l'enjeu n'est pas de tout mesurer, mais de mesurer ce qui permet de trancher entre deux postes du budget. Un site e-commerce suit ses ventes au clic près ; une entreprise B2B, avec ses cycles longs et ses comités d'achat, doit accepter une mesure moins immédiate, et la rendre régulière.
Les clés à retenir
- La campagne de LinkedIn nomme un vrai problème : des budgets jugés sur les impressions et les vues plutôt que sur les ventes.
- Les chiffres du billet sont des affirmations de LinkedIn, à citer comme telles.
- Un budget se construit en croisant un repère en pourcentage du chiffre d'affaires et un calcul à partir des objectifs commerciaux.
- Les postes qui se lisent en livrables et en contenus durables se contrôlent mieux que ceux qui se lisent en promesses d'audience.
- Le suivi se décide avant la dépense, pas après.
Questions fréquentes
Faut-il réduire son budget pour éviter le « bullspend » ?
Pas forcément. La campagne ne dit pas de dépenser moins, mais de juger chaque poste sur ce qu'il produit pour l'entreprise.
Comment présenter son budget marketing à une direction financière ?
La meilleure réponse part des objectifs commerciaux, du coût d'acquisition observé et des livrables attendus pour chaque poste, et indique à l'avance quel suivi sera fourni et à quel rythme. Mieux vaut utiliser les chiffres de l'entreprise que ceux d'un vendeur de publicité.